La survisibilité de tout

Nous vivons sous le regard. Nous vivons sous l’œil omniprésent de tous nos écrans, de tous nos réseaux, de toutes nos applications en temps réel. Notre vie est suivie, tracée, recoupable en tout moment.

Nous nous sommes habitués à cette transparence absolue de nos vies et de tous nos comportements. Cela nous simplifie la vie, et surtout ça fait de nous de parfaits nomades, puisque comme nous sommes suivis, tout nous suit.

Ce n’est plus seulement le regard des autres, qui pourrait être le regard de nos contemporains; c’est un regard absent, théorique , abstrait qui pèse sur nous. Un simple regard potentiel qui modèle et police nos conduites. Nous voilà réduits à notre apparence et nous apprenons dès le plus jeune âge à nous identifier, à investir dans cette image que nous sommes.

Car si nous sommes visibles à tout moment, omnivisibles (pourrions nous dire), cela veut dire que nous ne pouvons plus assumer en nous mêmes que ce qui est visible, que ce qui est montrable. Et nous devons abolir tout le reste, toutes les faces invisibles tout ce qui aurait pu être ou voulu être en nous mêmes.

L’invisibilité à soi-même

Au fur et à mesure que nous enfonçons dans une société panoptique, de l’omnivision, dans une vie constamment sous le regard, le paradoxe, et l’ironie de tout cela c’est que nous devenons au même moment, invisibles à nous mêmes.

Nous ne nous voyons littéralement plus , tellement nous sommes vus. Kant avait justement mis en lumière que tout regard crée de l’invisibilité, comme toute lumière produit de l’ombre.

A force d’être l’objet du regard des autres, nous n’avons plus vraiment de regard nous mêmes , et encore moins en nous mêmes.

De même que l’on ne regarde plus les rues qui nous entourent quand on se laisse guider par un GPS; de même que nous ne nous souvenons plus du numéro de téléphone de nos proches, tellement il est facile de les appeler, de même qu’on peut traverser des pays sans savoir dans quel ville on est et encore moins où elle se situe vraiment, nous avons perdu notre capacité de voir au même moment où nous devenions transparents.

Et pour nous le monde entier se peuple d’invisibles; nous sommes entourés d’étrangers aussi proches soient-ils et toute présence peut nous paraître hostile, comme toute relation nous semble dangereuse.

Les invisibles et les transparents

Le fait d’être transparents nous empêche de voir ce qu’il y autour de nous, et au sein de notre société, il y a ainsi de plus en plus d’invisibles, autant que d’invisibilité. Nous ne sommes pas moins seuls d’être vus à tout moment. C’est peut être un degré supplémentaire dans la solitude.

C’est en travaillant avec les invisibles que l’on peut enfin voir et percevoir ce qui nous arrive à tous et avoir une chance de comprendre une logique, un sens dans le monde qui nous entoure.

Il ne peut pas y avoir de contrôle et de direction dans nos vies sans une part d’ombre qui est nous mêmes , sans des mystères à éclaircir, sans des rêves et des désirs à déchiffrer.

Nous ne pouvons pas agir sans épaisseur, sans consistance , ni opacité, sauf à être des fétus de paille, emportés par le courant.

Il y a de l’étranger en nous mêmes, comme il y a du mystère dans le cours de la vie. Encore faut il pour s’en apercevoir pouvoir dégager sa conscience du poids du regard porté sur nous mêmes dès avant notre naissance.

On ne peut dire, on ne peut parler, on ne peut exprimer que ce qui n’est pas déjà vu.

Seuls les fantômes sont transparents.

PAUSE DEUX SEMAINES

Cette semaine, notre local est fermé, ce qui permet à notre équipe d’être en congés ensemble pour être de nouveau tous ensemble dès mardi 23/08 , pour préparer une rentrée qui s’annonce, animée : rentrée des enfants, dernières sorties de l’été, orientation, inscription scolaire, reprise des activités alimentaires, nouveaux projets…

A suivre…

Inscription à la newsletter

Réseaux sociaux

Flux Youtube

Nos principaux partenaires financiers



Nos principaux partenaires de terrain Banque Alimentaire Paris Ile de France