Pédagogie de l’Amitié

La vie humaine est bornée par les institutions; la plupart d’entre nous naîssent dans une institution, grandissent en lien avec des institutions scolaires . Plus tard nous travaillons pour des structures qui sont également des institutions.

Nous nous faisons soigner dans des institutions; nous vieillissons et souvent, nous mourons de même.

La famille , elle – même, souvent investie comme un refuge vis à vis des institutions, n’échappe pas aux règles qui les gèrent. Contrairement à ce que nous croyons souvent, nous ne sommes pas davantage nous mêmes, en famille, qu’en institution. Nous y sommes tributaires de places que nous n’avons pas choisies. Nous nous y soumettons à des règles et à un cadre qui sont directement en lien avec les usages , les pratiques , et les représentations familiales de notre temps.

Ce que les institutions produisent

Ainsi les institutions règlent les relations que nous avons vis à vis des autres, comme vis à vis de nous -mêmes, de trois manières:

  • en nous imposant des places , liées aux usages et aux pratiques en vigueur
  • En nous soumettant à un cadre, directement en lien avec les représentations majoritaires, de notre époque,
  • En reliant le institutions dans lesquelles nous vivons et évoluons plus grandes , sociétales, qui sont de véritables “super structures” qui fixent leurs champs d’action et leurs limites.

Les institutions sont généralement plébiscitées pour ce qu’elles apportent ; elles semblent promettre de l’efficacité et de la sécurité, du fait de leur organisation.

Critiques institutionnelles

Pour autant, elles maintiennent l’ordre des choses et sont particulièrement incapables de produire du changement ou des transformations sociales nécessaires.

A la fin du XXème siècle, se sont développées différentes formes de critique des institutions; à juste titre, on dénonçait leur violence cachée et intrinsèque.

Il apparaissait alors possible et tel fut l’idéal du Travail social et de l’Education spécialisée , “à la française” d’en soigner les effets négatifs, à travers “l’analyse” ou la “psychothérapie” institutionnelle. C’est aussi l’objet de la Pédagogie justement nommée “institutionnelle”.

Ces critiques, bien intégrées, bien récupérées souvent dans le discours même des institutions, ont aujourd’hui beaucoup reculé.

Institutions “zombies”

Ce n’est plus parce qu’elles sont critiquées que les institutions déclinent actuellement; elles ont gagné la bataille des idées; elles ont vaincu leurs opposants et conservent leur monopole. Leur déclin actuel tient en fait à leur victoire: repliées sur elles mêmes, elles se vident de tout public, de tout soutien et de tout contact à la réalité sociale. Elle se “zombifient”.

Plus que la critique institutionnelle, il faut se demander comment on peut vivre, travailler, aimer, éduquer , en dehors des institutions.

Dissidence de l’Amitié

L’amitié, seule, fait exception, à l’enfermement institutionnel. L’amitié est en effet le seul lien qui échappe à l’institution, qui n’en est pas tributaire et qui en excède les limites.

L’amitié est fondamentalement dissidente; car elle est libre vis à vis des notions, de place, de cadre et de superstructure (à savoir les usages et représentations majoritaires de notre temps).

Par amitié, nous entendons les relations électives que les uns et les autres pouvons établir entre nous. L’amitié relève de la rencontre, c’est à dire du Hasard; tandis que les institutions relèvent de la détermination, c’est à dire en quelque sorte, de ce qui était prévu.

Nous avons coutume de faire de nombreuses catégories au sein de la notion d’amitié, et de vouloir mettre dans une catégorie à part, les relations amoureuses. Nous avons été habitués à distinguer “amour” et “amitié”, et ce, parfois même depuis la petite enfance.

l’Amitié transcende les cloisonnements

Pourtant la force de l’amitié, tient au mélange des genres, auquel elle tend; elle prend en compte et réunit à la fois des dimensions affectives, sociales , et même politiques. L’amitié est compagnonnage; elle est camaraderie, elle est empathie, elle est attachement, elle peut être passion.

Elle peut prendre différentes formes, graduations ou nuances, mais elle ignore les limites entre vie publique, privée, sociale, affective ou politique. Elle s’affranchit volontiers de tous les cadres, limites ou genres.

Dans nos pratiques pédagogiques, l’amitié naît du compagnonnage, mais aussi d’une alliance, face à l’adversité , face à l’injustice, ou la discrimination.

Elle enjambe du coup les écarts d’âge, les différences culturelles, les limites communément admises comme naturelles, ou artificiellement posées.

Elle permet à ceux qui l’éprouvent d’échapper aux contingences de leur identité sociale imposée, de tenter l’aventure de la compréhension de l’autre, du changement d’idée, du dépaysement ; ” de l’étrangement”.

Pédagogie de l’Amitié

La Pédagogie sociale est une Pédagogie de l’Amitié , en ce sens qu’elle crée des alliances entre les acteurs de tous types et les bénéficiaires; en ce sens qu’elle suscite des expériences de vie , qui créent et nécessitent des relations nouvelles; en ce sens , qu’elle réunit ceux qui étaient éloignés et rend possible ce qui était interdit.

La Pédagogie sociale provoque la rencontre et le Hasard, qui permettent de sortir des sentiers balisés.

Les institutions amènent parfois du changement chez les personnes qui les traversent; l’amitié elle, les transforme, les métamorphose. On perd souvent ses amis de vue; les expériences que nous créons, sont précaires et peuvent ne pas durer.

Mais ceux qui ont connu l’amitié ne verront plus jamais les choses comme avant. Ils sont libérés .

Distribution au foyer Adoma de Chilly-Mazarin

Belle distribution aujourd’hui au foyer Adoma de Chilly-Mazarin.

Nous avons distribué une quinzaine de colis pour des personnes âgées, qui ont des difficultés dans les déplacements. Ils étaient tous très contents de nous retrouver après la pause des vacances de fin d’année.

A la semaine prochaine,

Francesca