“le Social de voisinage”

Le confinement a favorisé l’éclosion de multiples initiatives généreuses et sympathiques ; il y a ceux qui fabriquent des blouses, les autres, des masques en tissu et d’autres font des gâteaux, des bouquets de fleurs, …

Une invitation à la créativité individuelle…

Il y a ceux qui proposent des cours de relaxation par téléphone, ZOOM ou Whatsapp.

Après tout, l’École elle-même, ne fait pas davantage lorsqu’elle prétend se réinventer ou s’adapter au gré des mille petites initiatives des enseignants … à distance.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que l’enfermement individuel ou intra- familial donne ou crée l’envie de s’investir socialement.

Nous recevons nous mêmes de nombreuses propositions de personnes désireuses de venir contribuer à nos actions collectives.

Mais s’agit il de la même chose? S’agit-il du même genre de “Social”? Et surtout qu’entend-t-on par “Social”?

… qui répond à une attente publique ou médiatique

Ce qui est sûr c’est que ce foisonnement d’initiatives “confinées”, est particulièrement apprécié et valorisé par les collectivités locales et les institutions publiques.

Elles ont en effet une quadruple vertu qui motive leur mise en avant:

1/ Ce sont des initiatives qui semblent montrer un engagement, mais qui en réalité , n’engagent rien ou pas grand chose , en termes de durée, d’investissement ou de soutien. C’est un social “pas cher” , quasiment gratuit, dont l’impact n’est jamais vu ou mesuré. Ce sont des actions qui ,en général, se résument à leur communication.

2 / Il s’agit d’initiatives particulièrement “obéissantes” vis à vis des consignes d’hygiène sociale ; elles intègrent tous les interdits ; elles répondent à tous les mots d’ordre et toutes les priorités, même à chaque fois qu’elles changent.

3/ Elles sont parfaitement compatibles avec les situations d’enfermement social ; elles mettent en effet en œuvre l’activité d’individus isolés qui communiquent sur les réseaux sociaux

4/ Et enfin, toutes ces initiatives individuelles, peuvent faire l’objet d’un encouragement et d’applaudissements, constants de la part des collectivités et institutions. Celles-ci peuvent se targuer de venir à leur secours et de les encourager par de menus services ou des mises à disposition de moyens et ressources inutilisées.

C’est dire que ce “Social individuel” , constitue le paravent idéal pour masquer l’inaction, l’absence de tout investissement de la part des collectivités ou de l’État .

Une nouvelle idéologie du Social émerge

C’est toute une nouvelle idéologie de l’action sociale qui est initiée et expérimentée à l’occasion de moments critiques ou dramatiques , comme celui que nous vivons.

Cette nouvelle conception du Social repose sur un renversement du schéma classique.

“Le Social” ne serait plus l’expression d’un organisation, mais l’expression de spontanéités individuelles; le rôle de l’Etat , des collectivités ne serait plus d’être comptable de son fonctionnement ou de ses résultats; mais se limiterait dorénavant à une fonction d’encouragement, de valorisation. Il ne s’agit plus que de distribuer des bons points et des mauvais points.

Des bons points, à ceux qui ont la bonne attitude “civique”, “responsable”, “admirable”, “sympathique ou généreuse; des mauvais points à ceux qui renâclent ou n’obtempèrent pas.

Nous pouvons appeler “Social de voisinage” cette nouvelle conception idéologique de l’action sociale , valorisée à l’occasion du COVID 19.

Nous savons que l’État , les Institutions , le collectivités auront beau jeu, soit d’opposer cette manière là de faire du Social , soit, pour minimiser les coûts, soit pour masquer l’absence de soutien au “Social véritable”, derrière un “On ne juge personne”; “Tout cela est bonnet blanc et blanc bonnet” ; “on met tout le monde dans le même panier”…

C’est de bon aloi.

Distanciation sociale

Ce modèle de “Social de voisinage” trahit également une vision optimiste et délirante d’une société heureuse, d’individus propriétaires, sédentaires et résidants; distants mais reliés , ayant tous les mêmes intérêts entre eux.

C’est une vision évidemment liée à l’origine sociologique ultra-dominante , quasi exclusive en réalité, des élus locaux dans les classes aisées; mais au delà d’eux de leur situation propre, ce “Social de voisinage” exprime l’image idéale d’une France aisée et apaisée, que l’on souhaiterait bâtir.

Dans ce modèle sociétal, lisse et débarrassé de tout conflit interne, rassemblé et en harmonie avec ses dirigeants, l’image du bonheur c’est de jouir de ce que l’on a; de ce que l’on est.

Logiquement , il convient de garder prudemment les autres à distance.

C’est ici que le mot d’ordre sanitaire actuel entre en phase avec une logique politique et morale: pratiquons la distanciation sociale!

Dématérialisation du Travail Social

Ne nous trompons pas, le “Social de voisinage” revêt ainsi une fonction essentielle “d’affadissement” et de perte de compréhension de ce que le Social est vraiment.

De ce point de vue le “Social de voisinage” est l’aboutissement d’un long processus de déconstruction et dématérialisation de l’action sociale.

Celle-ci a quitté le terrain des pratiques de transformation, pour ne plus se réduire qu’à des principes et des éléments de discours.

Ces derniers ont été ensuite accaparés par la classe politique , au détriment des acteurs et professionnels sociaux qui ne sont plus en mesure (quant à eux) de s’armer d’une image globale du Social depuis des pratiques institutionnelles, fragmentaires et procédurières.

Ces principes et discours n’ont plus grand chose à voir avec les réalités; les mêmes responsables politiques peuvent le lundi faire des discours radicaux, progressistes , emplis de ferveur sociale, et le mardi , mettre en œuvre des mesures politiques qui produisent exactement le contraire.

Il n’y aura aucun problème, ni aucune contradiction, puisque le Social dorénavant est réduit à un pur élément de discours , détaché de toute idée de début de réalisation . Il se performe en quelque sorte par sa simple énonciation.

Le Social véritable

Mais qu’est ce que le Social? C’est tout simplement le contraire de l’idéal de “bon voisinage” et “d’adéquation sociale”, que l’on nous tend.

Par nature et fondamentalement, le Social est une réaction face à une réalité inacceptable. Il y a une dimension et une étape critique essentielle, que malheureusement et en effet de nombreuses institutions (pourtant dites “sociales” ont bel et bien perdu).

Et surtout l’action sociale véritable vise toujours au delà d’elle à constituer et faire vivre une organisation qui ne s’épuise pas dans ses membres et qui ne se résume pas à la somme des initiatives personnelles ou individuelles.

La véritable action sociale transforme à la fois la réalité à laquelle elle s’attaque , et celui qui s’y emploie. C’est déstabilisant et c’est coûteux.

A l’inverse, le “Social de voisinage” renforce et conforte une opinion favorable de la réalité environnante et de soi même. C’est une entreprise d’adaptation, d’embellissement et de divertissement face à une situation sur laquelle on ne cherche plus aucun contrôle .

C’est un “social” de spectateurs, voire de “supporters”, alors qu’il nous faudrait, aujourd’hui et plus que jamais un “Social d’auteurs” .

Drôle de moment de perplexité et de doute mondialisé ! De quoi demain sera-t-il fait ? quelles sont les perspectives d’un retour à une vie normale ? Déjà, le réflexe d’une main tendue vers l’autre se perd, quant à se faire la bise… ? Quelle normalité future est présagée si la distanciation sociale et physique est dès à présent rentrée dans les us ? Le doute est de mise, mais surtout, l’indécision permet de gagner du temps sur le social.

Vu d’ici, du local … du foyer Adoma juste derrière, vu des parkings du Parthénon, des Balladins, du Pierre Loti de Morangis, du F1 d’Epinay ou du squat d’Antony, pas le temps pour les atermoiements…

Les files de familles s’allongent dangereusement. Cette période d’incertitude généralisée renforce paradoxalement nos choix… et nos convictions.

Distribution alimentaire sur le bidonville d’Antony Pôle

Intermèdes continue son ballet continu de camions entre Chilly, Massy, Morangis, Antony, Champlan, Epinay…

Ici, à l’Hôtel Astoria de Massy :

En commençant par les collectes hebdomadaires :

À nos deux rendez-vous à la banque alimentaire qui nous permettent cette semaine encore de récolter 1,250 tonnes de produits, viennent s’ajouter des achats de plus de 650 Kgs de nourriture.

Les soutiens nombreux et les liens tissés continuent à alimenter un réseau maintenant solide :

Avec l’association Amelior et la Croix Rouge, c’est plus de 800 Kgs de nourriture et de fruits frais que nous allons pouvoir distribuer. Sébastien du collectif de solidarité « COVID-19 Ensemble » nous ramène jeudi un plein stock de semoule provenant d’un gros distributeur.

Grâce aux bénévoles présents sur les collectes Carrefour Market du mercredi et du vendredi, nous pouvons collecter plus de 45Kgs de nourriture et de denrées de première nécessité. Du côté du G20 de Chilly, le caddie laissé à notre disposition se rempli lui aussi quotidiennement.

Les besoins dans l’accompagnement à la scolarité sont également très présents. Avec le SAMU Social de Paris et l’association Massy-Espagne qui avait déjà récolté pour nous des produits d’hygiène, nous pouvons assurer une distribution de matériel scolaire et de livres. Nous nous faisons également le relai des écoles à Chilly-Mazarin ou Massy pour donner les enveloppes scolaires directement aux familles des Hôtels qui ne peuvent pas se déplacer et qui n’ont pas de connexion internet.

Nous avons dû renforcer notre accueil au local les mardi et jeudi, jours de distribution et d’aide administrative, car c’est maintenant de 60 à 80 familles qui viennent d’un peu partout !

à l’intérieur du local, nous nous organisons pour de l’aide administrative

Heureusement l’aide des bénévoles nous permet de nous organiser en trois équipes : l’équipe cuisine prépare les sacs, l’équipe du local s’occupe des demandes administratives. Quant à l’équipe extérieurs, elle doit gérer et maintenir une file qui s’allonge deux fois par semaine jusqu’à la poste !!

La même organisation doit se faire également sur les multiples lieux extérieurs de distribution. Du mardi au vendredi (au samedi parfois), permanents, services civiques et bénévoles sont sur les terrains de Massy, Chilly-Mazarin, Morangis, Savigny-Sur-Orge, Epinay, Antony.

Jour de distribution au Formule 1 d’Epinay

Le matin est souvent un temps de collecte en Région Parisienne ; le midi, c’est le déchargement, le briefing, puis le tri et le chargement pour l’après-midi.

Le briefing du midi…

Cette semaine encore, entre les Hôtels Welcomotel/Balladins, Parthénon, Astoria, Pierre Loti, Formule 1 d’Epinay…

Dans les coursives de l’Hôtel Balladins, nous essayons de garder le lien avec les familles

… entre le bidonville d’Antony, le foyer Adoma de Chilly et notre local, nous avons pu distribuer produits alimentaires et de première nécessité à plus de 540 familles.

Nous préservons également ce lien sur le bidonville d’Antony Pôle

Et pendant ce temps , au Jardin…

Il était une fois un jardin des Délices; un jardin merveilleux… Un coin de paradis.

Le jardin des Robinsons – Longjumeau Quartier Sud- Bel Air- La Rocade

C’est ce qu’est en train de devenir, sous l’action de Joran et Kévin, le jardin de Bel Air; le jardin des Robinsons

Beaucoup de visiteurs, de curieux, de curieux, d’impatients également ( de reprendre une vie sociale et matérielle) se relaient auprès de nos jardiniers

A quand la fête? Le prochain atelier? Certains donnent un coup de main.

Et nous construisons : De nouveaux bancs s’installent et … (surprise) … une PERGOLA se construit.

Vivement la prochaine fête au jardin!