l’Art et la Pédagogie sociale, sont sans projet

L’intelligence des mains

“Tu comprends, dit l’artiste; s’il fallait un projet avant de faire ou de créer, on ne ferait rien, on se contenterait de “refaire” ou de reproduire ce qui est déjà frayé un chemin dans l’existence. Pour faire naitre, pour faire advenir du neuf, du vrai et du nouveau, il faut du hasard , il faut une autre intelligence.”

Il faut l’intelligence du soin

Les mains s’aventurent, elles s’entraînent, s’échauffent, se risquent, et s’accomplissent dans leur mouvement.

Elles n’ont pas de dessein, elles n’ont que des schèmes, une grammaire de ce qui est possible, de ce qui s’enchaine.

Les mains produisent le Temps par le mouvement et par les actes; par la succession et la simultanéité. Elles sont l’origine de toute pratique.

Ainsi est le Travail social, éducatif ou culturel, en Pédagogie sociale: une pratique, un ensemble de schèmes, d’outils , de techniques, de pratiques que nous savons faire , que nous améliorons chaque jour et qui ne visent qu’à une seule chose: faire advenir ce qui n’a pas été fait; amener à dire ce qui n’a pas été dit; produire le changement et la transformation partout où le vieux monde s’écroule et s’effrite.

La Pédagogie sociale est sans projet, comme la Fête , l’Amour ou l’Art ; elle n’a pas de dessein étranger à sa propre pratique; elle ne vise aucun objectif que nous ne vivions déjà entre nous dans l’Ici et le Maintenant.

Elle n’a pas de but, elle a un cap.

Notre pratique a l’intelligence des moments neufs. Nous n’avons pas l’habileté des alcôves, des négociations secrètes, des alliances de circonstance, des réflexes corporatistes, ou d’entre soi.

L’intelligence sociale, celle des mains , du cœur, est un risque. Un cadeau sans retour et sans calcul.

Elle n’a pas de projet parce qu’elle a un avenir; elle n’a pas de soutien car elle s’offre. Elle a des conséquences car elle n’a pas de calcul.

Dans nos pratiques, sur nos ateliers, nous n’avons pas de projets, nous avons des actions qui laissent toujours de la place à de l’inattendu.

Nos ateliers, nos permanences, nos locaux, sont des pages blanches, des surfaces d’impression et d’expression dans lesquelles s’inscrivent plus d’événements et de rencontres qu’on ne saurait les prévoir ou recenser.

Au bout d’un moment, tout cela fonctionne même seul, sans besoin de notre impulsion ; les personnes qui arrivent trouvent à alimenter la réflexion et le cheminement de ceux qui sont déjà là et répondent à leur problématique.

Seule l’organisation est nécessaire , comme notre engagement pour que cela dure.

Il faut des artistes pour rendre compte de cette complexité; ou bien prendre la peine de venir dans nos locaux et sur nos ateliers.

Loin des fonctionnements réglés, des projets à bout de souffle, ce qui s’offre à vivre, là porte un nom: Créativité.