ABANDONS

Cela avait commencé , il y a bien longtemps déjà…

Photo de Fares El Fersan,

Les abandons, ça n’arrive jamais seul…

L’École avait renoncé à vouloir épanouir les enfants ou à les accompagner vers la Liberté. Tout au plus dorénavant, elle n’était là que pour évaluer, cadrer, sanctionner et orienter… , en appelant cela “Réussite éducative” ou “continuité pédagogique”.

Cela s’était poursuivi tout le temps. Les structures de loisirs et de la Culture s’étaient mises à marchandiser leur propre activité; à proposer des actions de plus en plus normées, standardisées…, en appelant cela Éducation populaire.

Cela avait continué avec les structures sociales, et éducatives qui se sont mises au service de protocoles, de procédures, de dispositifs pour éloigner toujours plus les publics … , en appelant cela “Proximité”, ou “Projet personnalisé”.

Et puis un jour , les écoles, les collèges, les garderies et toutes les structures ont décidé de faire de la continuité pédagogique et éducative, c’est à dire de tout fermer et bannir la relation.

Le fantasme primordial des enseignants était enfin réalisé; ils avaient fait disparaître les élèves.

Voici que tout ce qui constituait la vie sociale, pour le temps d’une expérience grandeur nature , était banni. Plus de rassemblements; plus de convivialité; plus de groupes; plus de familles élargies.

Plus de manifestations; on n’ a plus que le droit d’applaudir seul depuis son balcon.

Enfin, on y arrive: le seul mode de participation politique encore possible, est réduit au modèle du “supporter”.

Et si on confinait tout le monde et si on confinait la vie?

On arrivait au bout de la logique; au bout de l’enfermement de chacun dans soi; au bout de l’intériorisation et l’individualisation de tous les problèmes sociétaux; au bout de l’enfermement en chacun.

Tout n’est plus qu’une question de comportement; et tout comportement n’est plus qu’une question d’obéissance.

Toute pensée sociale se réduirait dorénavant à des formules faussement généreuses , faussement personnalisées (alors qu’elles sont les mêmes pour tout le monde), telles que:

“Prenez soin de vous”; dans l”indifférence totale et évidente de qui est “je” et de qui est ce “vous”, et plus encore ou du “nous” absent qui sous tend toute chose.

Les règles de l’Abandon

Les processus d’abandon. connaissent ainsi plusieurs invariants , que nous pouvons repérer.

Cela commence par des démissions sociales, institutionnelles en cascades, et cela se poursuit dans l’enfermement, dans le chacun pour soi et chacun sa condition.

Un abandon, ça mène toujours à un autre abandon. Ça se duplique dans l’environnement; ça se répète le long des générations.

C’est le premier invariant.

Et puis les abandons, ça s’inflige toujours au nom d’une Morale sociale, de l’Hygiène, ou d’un règlement.

Ça se réalise toujours au nom du Bien pour soi, d’un Bien supérieur, ou d’une valeur indiscutable comme le devoir d’autonomie ou de civisme.

C’est le second invariant.

L’abandon, ça devient une habitude…

Il y a une accoutumance, une habitude à l’abandon. On finit par l’anticiper; on le trouve normal. On s’y prépare . On ne s’attache pas. On ne s’investit pas .

On ne croit plus en aucune communauté ou collectivité possible.

On s’empresse de faire avec l’espoir qui tombe. On s’habitue avec les institutions qui ne sont plus là. On ne croit pas en leur retour, ni en leur restauration.

L’abandon c’est une culture; la culture dans laquelle grandissent tellement d’enfants, de ceux que nous connaissons; enfants pauvres et précaires, des hôtels, des banlieues et des bidonvilles. De partout et de nulle part…

L’abandon est “leur” culture, et leur condition; mais celle ci n’est même pas commune ; elle les renvoie au contraire à l’absence de lien social.

Comment faire confiance? Comment avoir la confiance suffisante pour se reconnaître dans autrui, aussi proche soit-il?

Comment dès lors s’abandonner?

Le pire avec l’abandon, c’est qu’il nous empêche de nous abandonner nous mêmes. On se cramponne à des bribes, à des restes, à des oripeaux. On se fixe à des ombres. On ne lâche rien de ce qui ne nous a jamais retenu ou contenu.

Quel bonheur peut connaître celui qui ne s’abandonne jamais? Quelle joie? Quelle confiance? Quel émerveillement libre du Monde? Quel plaisir d’être en vie?

Celui qui ne s’abandonne pas, ne fait jamais confiance . Il anticipe toutes les fins et réduit toute chose à sa conclusion morbide.

Révolution narcissique, révolution du contact

Il faut une force sur-humaine , pour forcer la confiance; il faut une organisation anormale, insolite , pour contrer les destins.

Il faut du narcissisme pour survivre à l’Abandon; il faut avoir été relevé 100 fois, valorisé, protégé et aimé.

Il faut avoir été soigné, nommé, touché, célébré. Il faut de la proximité, du contact, de l’ouverture…

… tout le contraire de ce que cherche à imposer cette nouvelle Morale politique, sanitaire et sociale .

Semaine du 6 avril au 10 avril :

Nouvelle semaine de non-confinement pour les Robinsons, les besoins vont croissant et devant l’afflux de personnes (visible au sein même de notre local), nous devons parer à une urgence en termes de matériel petite enfance / nourrissons.

Nous recevons en début de semaine une commande que nous avons effectuée la semaine précédente auprès de notre partenaire Revivre : plus de 1200 € de lait pour bébé, couches pour tous les âges, lingettes, mais également du savon, du shampoing, du dentifrice et des brosses à dents qui remplissent bientôt notre salle médicale transformée depuis le 16 mars en espace de stockage.

Avec l’association Phénix avec qui nous sommes en lien depuis le mois de janvier, nous prévoyons deux grandes collectes de chocolats de Pâques pour les enfants provenant d’invendus de grandes surfaces : au total, Joran et Kevin ramènent au local 4 énormes cartons remplis que nous allons pouvoir redistribuer.

Grâce à la voix de l’enfant et au Samu Social, nous recevons ce mardi 7 un énorme stock de produits pour bébés, de livres et de denrées alimentaires sèches comme des pâtes.

Si le local est fermé le lundi, nous n’en sommes pas moins actifs : le téléphone fonctionne, internet également. Nous contactons de nouveaux partenaires pour enrichir nos collectes de la semaine :

Mercredi, c’est 4 palettes de matériel pour bébé qu’un poids lourd vient décharger en face de l’association : 500 boites de lait 2ème âge, 2600 petits pots, 1120 boites de lait de croissance, 1060 petit pots de purée !! En très peu de temps, et avec toutes les précautions de sécurité, une chaîne se forme pour trier et ranger boites et pots à l’intérieur du local. En dispatchant toutes ces denrées, à la fois géographiquement sur tous les lieux de distribution, mais également, dans le temps, sur plusieurs jours (semaines ?), ce stock important va nous permettre de voir venir.

Ce même mercredi, un camion de l’association part avec quelques bénévoles pour récupérer une très grosse quantité de produits lactés frais provenant d’invendus d’un gros distributeur implanté sur Chilly-Mazarin : Une vingtaine de gros pots de crème fraîche, et environ 1400 pots de yaourts et crèmes que nous devons distribuer dans la foulée, sur deux jours.

Nous continuons bien entendu nos rendez-vous hebdomadaires à la Banque Alimentaire avec, cette semaine, environ 2,5 tonnes de nourriture rapportée.

Grâce à l’aide des nombreux bénévoles qui nous contactent, nous pouvons organiser deux collectes alimentaires, mercredi et vendredi au Carrefour Market de Chilly-Mazarin. Les personnes rencontrées sont très réceptives à notre action, et nous récoltons plus de 6 caddies remplis de denrées de première nécessité en tout genre.

Côté distribution, nous ne sommes pas en reste. Nos camions font des allers-retours chaque après-midi. Entre les personnes qui viennent directement à notre local, le bidonville d’Antony Pôle, celui de Wissous…

l’Hôtel Welcomotel de Chilly…

le Formule 1 d’Epinay…

et l’Hôtel du Lac de Saulx-Les-Chartreux, c’est plus de 200 familles à qui nous avons pu apporter un soutien cette semaine.