La précarisation des milieux populaires et des structures sociales est loin d’avoir été étudiée, et analysée dans sa véritable dimension.  La plupart des acteurs et décideurs sociaux sont encore accrochés à des grilles de lecture complètement inadaptées vis à vis de ce phénomène. On continue dans le secteur social à raisonner en terme de manques, de distance, d’éloignement, de handicap, alors que ces catégories échouent complètement à rendre compte de ce qu’est vraiment la Précarité.

 

     Photo de Lily Franey

La plupart des accompagnements éducatifs et sociaux se structurent en fonction d’objectifs à atteindre. Ces objectifs , s’ils sont « réussis », seraient censés contribuer à un  passage vers une réalité supérieure. On passerait ainsi de l’exclusion à l’inclusion, de la marginalité à l’intégration de l’échec à la réussite scolaire, de la rue au logement de droit commun et du chômage de longue durée au CDI…

Même si, évidemment, tout le monde est au moins conscient d’un surcroît inédit de la difficulté d’atteindre ces objectifs à l’ère de la précarité généralisée, on est loin d’une prise de conscience suffisante sur l’inadaptation désormais des anciens modèles d’objectifs et de « réussite ».

S’il y a  une chose que sait bien le précaire, c’est que l’hébergement n’est pas logement; que chaque mise à l’abri est  remise en cause; que le droit au soin n’est jamais totalement , ni durablement assuré ou conquis.

S’il y a une science de la précarité , celle ci doit pouvoir s’appuyer sur l’expérience des précaires , vis à vis de leur propre malheur. Et eux savent, eux savent trop bien, que tous les progrès sont réversibles, fragiles et que les objectifs atteints le soir, peuvent mener à la rue et à l’errance dès le lendemain matin.

Et s’il y a  une chose que savent les acteurs sociaux qui travaillent au plus près des précaires, c’est de se méfier de leurs propres réussites. Telle adolescente qui brillait de 1000 « réussites » samedi dernier , montrait des signes d’évolution étonnants et semblait s’ouvrir de multiples possibles, aura tôt fait de tout lâcher le samedi suivant.

Nous avons appris que les « réussites » que nos collègues, que les passants, que l’opinion publique , que les médias trouvaient édifiants n’avaient aucun sens à eux mêmes.

Telle jeune femme illustre un article sur les bienfaits des dispositifs d’insertion et elle préfèrera tout lâcher le jour de la parution de cet article,  car ses réels besoins n’y trouvaient aucune réponse.

Nous parlons beaucoup des « sorties de la rue », mais qu’en est il des « retours »? Ceux ci sont très fréquents. Combien avons nous vu de familles quitter PAR CHOIX  les hôtels sociaux pour revenir en bidonville!

A quoi cela sert-il de se donner l’emploi comme objectif d’accompagnement éducatif et social quand c’est la notion même de travail qui est en crise? A quoi cela sert- il de se donner le logement autonome comme objectif quand il est devenu si difficile d’habiter, de rester , de cohabiter , de financer, d’entretenir et de conserver son logement?

Or, tant qu’on cherchera à se raconter de belles histoires sociales, tant qu’on attendra des dispositifs dits « de réussite », des inversion de courbes ou de destins, nous n’agirons toujours pas sur la réalité de ce qu’est la précarité et de ce qu’elle produit. La précarité est irréversibilité , et il ne peut y avoir aucun « retour franc » à la normalité. Il ne peut y avoir que construction d’une réalité fragile et différente.

Aujourd’hui, c’est le verbe « réussir » et le mot « réussite » qui ont perdu tout leur sens. C’est pour cela, sans doute, qu’on les emploie sans cesse et qu’ils deviennent les objectifs énoncés obligatoires de toute action sociale ou éducative.

La réussite n’est pas la vie, on ne peut pas réussir sa vie: on ne peut que la vivre!

Réussir ne sert à rien, car les réussites aujourd’hui sont théoriques, calculées , démagogiques, tautologiques . Elles sont dans l’ordre des choses qu’on nous impose.  La Réussite est la dernière idéologie qu’on nous tend.  On nous présente les vainqueurs et sitôt on nous les impose. Vouloir empêcher l’avènement de ce et ceux qui sont promis à la réussite est vain et futile. Tout est à leur service.

La réussite, surtout individuelle,  est le mensonge d’un ordre violent que nous subissons tous.

La réussite se présente comme « sans effort », naturelle. Elle voudrait faire croire qu’elle n’est pas un arrangement, pas un traffic. Et c’est tout le contraire: l’idéologie de la réussite , pour donner une apparence de fluidité et de fonctionnement a besoin de monopoliser toutes les ressources, toutes les institutions, tous les soutiens. Et toujours de plus en plus, pour tenir encore. Il ne restera bientôt plus rien pour le Social, rongé par le cancer de la Réussite.

  Or, dès que nous renonçons à parler de réussite, nous pouvons penser et comprendre la Pédagogie.

la Pédagogie est en effet, tout l’opposé du modèle de la réussite. La réussite se présente comme « spontanée », le sens même « normal » d’un train des choses. La pédagogie est au contraire une construction, une organisation, un effort, un risque.

La théorie de la réussite et de sa promotion comme valeur éducative, sociale et politique repose sur un schéma d’une action aussi claire qu’artificielle. L’idéologie de la réussite voudrait être l’affirmation d’un triple triomphe:

  • le triomphe de la Volonté. Pour réussir, il faudrait vouloir; vouloir plus que les autres et la fiction de l’inégalité du vouloir permettra de justifier toute sles inégalités de moyens et de résultats. En attendant on promeut une intervention éducative et sociale bardée d’affirmations, de positivisme, et de mots d’ordre ,
  • le triomphe de l’Ordre. Pour réussir il faut vivre dans une société ordonnée, sécurisée qui vous garantit justement tous les bénéfices de vos « réussites » , ainsi que l’apparence démocratique de sa production. Dans une société de la réussite, il ne faut ni hasard, ni événement. Il faut tout prévoir, tout maîtriser, tout évaluer, tout prévenir.
  • le triomphe de la Simplicité.  Les sociétés de réussite se voudraient aussi simples, aussi claires, avec des couleurs aussi pimpantes  que le monde de Mickey. Il y faudrait des catégories bien établies de « bons » et de « mauvais » y compris parmi les pauvres, les chômeurs , ou les musulmans. Tout doit être simple, net. Il ne faut aucun doute, aucun espace de réflexion. L’adhésion nécessaire du peuple dépend en effet de la simplicité de la société qu’on met en scène.

La Pédagogie, c’est tout le contraire. En Pédagogie, et particulièrement en Pédagogie sociale, on expérimente en effet trois vérités de base qui s’imposent dès lors à nous:

  • C’est la Nécessité (et non la Volonté) qui nous fait agir, qui est le vrai moteur du social et de la société. Nous sommes obligés d’intervenir, de ne pas laisser faire l’ordre des choses, de ne pas laisser libre court aux forces de la mort et de la domination. Nous faisons l’expérience de ce qui est injuste, intolérable et qui nous pousse à réagir, qui nous mobilise et nous pousse à nous rapprocher de nos voisins.
  • C’est le Hasard, ou plutôt notre liaison avec le terrain, avec ce qui arrive, avec la rencontre, l’irréductible Différence; la collision avec l’événement, la réalité , le fait, c’est cela qui détermine notre action. Nous ne partons pas de plans , de programmes, mais au contraire, nous « attrapons », comme nous pouvons, ce qui survient. Le hasard est un levier, un lien avec la réalité; il est notre seul  » destin commun ». Le prendre en compte est la condition nécessaire  pour réellement changer quoi que ce soit.
  • la Complexité est au coeur de la réalité. La voir et la reconnaître sont la règle et si nous voulons agir et  comprendre. Progresser , se former en tant qu’acteur, cela revient souvent à découvrir la complexité des choses, des situations et des personnes. Se former en tant qu’acteur revient souvent à découvrir la complexité qui se cachait derrière l’apparente simplicité. Nous devons renoncer aux visions et aux catégories toutes faites, à la fragmentation de nos objectifs, de nos interventions, au découpage de la temporalité. Nous devons travailler et apprendre à travailler dès le plus jeune âge avec une réalité et un monde de complexité. Or, cela ne peut se faire qu’avec une pédagogie appropriée, une pédagogie de la vie, une pédagogie de la globalité.

Une Ecole, comme une Société,  qui ne parlent plus que de réussite,  consentent à n’être plus que la chambre d’enregistrement des injustices du Monde

Cette dernière semaine a été marquée par un weekend prolongé ! C’est donc une chronique pour une fois , un peu plus « light« , que nous vous présentons, a savoir les activités de mardi et mercredi. Mais promis on reviens force la semaine prochaine !

MARDI

Atelier socio-linguistique :

Aujourd’hui, nous avons eu de nombreuses  mamans. Elles étaient environ 30-35 pour l’atelier (parler Français orale). Nous avons parlé de démarches vers la préfecture exemple : carte de séjour, permis de travail. Au vue de la complexité de la démarche, la discussion était mouvementée car  parfois nous sommes confrontés à des interlocuteurs pas très bienveillants. C’est pour cela que nous parlerons de la violence au sein des administrations la prochaine fois.

 

MERCREDI

Atelier d’Epinay

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Aujourd’hui nous avons décidé de faire un atelier de peinture pour la soirée conviviale au jardin. Donc en arrivant sur le bidonville nous avons rassemblé les enfants et nous avons joué au chef d’orchestre. Cela les a amusés, ils voulaient même continuer.

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Mais comme le temps était court ce jour-là, nous avons entamé l’atelier de peinture tous ensemble.

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Tandis que Philipe et Lary sont resté avec la petite enfance. Ensuite pour finir nous avons pris le goûter et fait quelques photo ensemble pour garder ce moment en souvenir.

 

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Atelier de Saint-Eloi

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Etaient présents sur l’atelier : Dusko, Laura, Marion et Louis.

Une trentaine d’enfants étaient au rendez-vous aujourd’hui.

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Dans l’ensemble, toutes les activités ont bien marché. Des repas étaient confectionnés à la petite enfance, des cris de joie assez vifs animaient le coin jeux de société ainsi que des créations d’histoires pour l’atelier dessin.

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Nous avons proposé aux enfants du badminton pour la première fois. Certains n’avaient jamais joués et ont pu apprendre les règles du jeu.

Petite visite de Valérie, notre ancienne collègue.

Nous avons fini avec le conseil de quartier et la distribution du goûter.

Très bonne journée !

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