l’Espérance est un pouvoir de vivre

De quelques discours et problèmes essentiels en Pédagogie sociale (II)

« Tout espoir évanoui, seul le désir reste » (Dante cité par Tito)

Des trois « confiances fondamentales », présentées par Jean Furtos, ce qu’il appelle « Espérance », peut paraître la plus énigmatique.

Les deux premières « confiances » en effet, que l’on perd progressivement à l’épreuve de la précarisation, à savoir « la confiance en soi » et la « confiance en autrui », nous parlent davantage…

Espérance

Mais qu’est ce que l’Espérance?

Furtos nous indique que ce qu’il dénomme ainsi n’a rien à voir avec avec un objet de foi.

Selon lui, en effet cette espérance que l’on risque de perdre et qui est si fondamentale, surtout à notre époque où l’avenir semble toujours plus noir, n’est pas un espoir « dans des lendemains qui chantent », ou dans une quelconque utopie.

Il s’agit d’une forme d’espoir autrement plus concrète; autrement plus « terre à terre ». Il s’agit juste de l’espoir qu’il peut m’arriver quelque chose de bien aujourd’hui. Il s’agit juste de l’espoir que ce à quoi je ne m’attends pas puisse être positif; qu’il puisse exister pour moi, des surprises qui ne soient pas que mauvaises.

Aven Baxtale!

Décrite comme cela, l’Espérance de Furtos, ressemble à s’y méprendre à ce que les Roms appellent « la Baxt »

La Baxt, est un mot qui pourrait se traduire par « chance » ; mais c’est bien plus que ce que nous entendons par « chance. C’est une capacité à se réjouir de quelque chose au milieu de circonstances malheureuses.

« La Baxt », c’est un peu la faculté d’isoler un peu de bonheur, de décréter un nouveau commencement. C’est un peu la capacité de rompre avec un quotidien qui nous échappe ou nous terrasse.

Croire à « la Baxt » , c’est donc croire que quelque chose de bien reste possible. Une attitude de confiance en ce qui peut nous arriver, et donc également en nous même , en découle simplement.

« l’Espérance » de Furtos , ou « la Baxt » des Tsiganes , ce dont il s’agit au fond, c’est d’une véritable compétence à vivre.

Pédagogie sociale et pouvoir d’espérer

En Pédagogie sociale, nous croyons à la Chance , à la bifurcation, à la capacité de changer les petites choses.

Certes, nous savons le poids des sur-déterminations, des contraintes et des inerties, mais nous faisons confiance au Hasard, à la Rencontre, et aux petits grains de sable qui bloquent les machines. Nous croyons au Chaos; nous croyons que le Chaos va apporter quelque chose de bien. C’est ce que les Grecs anciens appelaient le Kairos.

En cela, l’espérance n’a rien à voir avec l’espoir. L’espoir nous échappe, il est une attente qui nous est extérieure , qui ne nous implique pas. Il est soit un acte, soit une croyance. L’espérance, c’est autre chose; c’est une posture, une attitude, une ouverture, à ce qui arrive effectivement… afin d’en tirer le meilleur. Cela suppose ou présuppose un amour suffisant pour ce et ceux qui nous entourent, pour notre temps, pour notre lieu.

Espérer d’espérance et sans espoir

Nous travaillons au coeur des relations que nous tissons, la surprise, le changement, l’inhabituel, l’inattendu.

Nous aimons à faire mentir les discours fataliste, ceux qui disent qu’ils n’y a rien à tenter, qu’il ne faut pas faire confiance en tels ou tels; ceux qui n’ont rien fait , mais qui croient tout savoir et « voudraient nous apprendre la vie ».

L’espérance c’est cela, c’est la capacité de faire mentir tous ceux qui voudraient qu’on renonce, qu’on se renferme, qu’on se replie, qu’on ait peur, qu’on ne tente rien, qu’on prenne aucun risque.

Nous , nous avons le hasard et la chance et nous gardons espérance dans le Chaos.