3 conditions pour des pratiques de changement social

A Intermèdes- Robinson, , nous nous interrogeons souvent sur les moyens d’être à la hauteur des changements que nous prétendons accomplir.

Comment faire ce que nous disons? Comment être à la hauteur des transformations que nous annonçons?

Comme toute structure, nous ressentons le danger qu’il y aurait à ce que simplement nous nous mettions à « fonctionner » et à remplir nos missions et nos tâches.

Ce n’est pas de renouvellement dont il est question, pas d’innovation, mais de faire ce saut difficile à appréhender, à concevoir qu’il y a entre un travail « qui fonctionne » et un « travail qui crée ».

Première condition: établir la continuité

La première condition que nous percevons pour y arriver est celle de la continuité.

C’est une chose de réaliser chaque semaine un atelier de rue, socioéducatif, dans un même site, un même bidonville et quartier , et … entretenir la vie et la continuité de cet atelier.

Dans le premier cas, on sait faire, on maitrise, on reproduit. On prévoit, on anime, on gère et on « réussit » son atelier. Mais on est en danger de percevoir chaque fin d’atelier comme une fin en soi. Or en pédagogie sociale, il n’y a pas de fin. Un atelier c’est interminable; un atelier c’est une promesse de continuité.

Assurer la continuité en pédagogie sociale à partir d’un atelier sur un territoire c’est se donner des objectifs et se doter d’outils très précis:

  • Repérer des destinataires essentiels , spéciaux qui en quelque sorte nous « convoquent » et se donner les moyens de leur donner envie de venir et revenir.
  • Constituer un groupe d’enfants et d’adultes « relais » , avec qui on reste en lien entre deux ateliers; avec lesquels on met en place une communication fluide et continue.
  • Constituer le lieu d’intervention en territoire où on peut introduire de nouvelles personnes, de nouveaux intervenants , lancer de nouvelles activités

Deuxième condition: aller au bout de ce qu’on nous demande

Les demandes qu’on nous fait ne doivent pas être vaines; nous savons que nous ne rencontrerons que des obstacles pour améliorer les conditions d’habitat, d’éducation, et de vie de nos publics. Nous savons qu’à priori chaque chose, chaque demande , chaque changement est impossible.

Serons nous alors du côté de ceux qui se contentent de relever les impossibilités, de décrire les empêchements, et d’énoncer les renoncements?

La Pédagogie sociale tranche avec toute autre pédagogie car il s’agit de parvenir au bout des choses, au bout des démarches, au bout des promesses. Nous savons les obstacles; sil n’y en avait pas tant, nous ne serions pas là. C’est noter travail , justement d’aller au bout quand justement tout est fait pour qu’on n’y parvienne pas.

Or, cela suppose une discipline, toute simple mais sans faille de l’acteur social. Il faut apprendre à mener nos travaux à leur terme. Et cela concerne aussi bien notre travail en équipe, qu’en présence des publics.

Un travail n’est pas achevé quand on a fait son possible; il n’est pas achevé tant qu’on ne l’a pas donné, adressé à son bénéficiaire et tant que celui ci ne nous en a pas acquitté.

Il n’est pas terminé tant qu’il n’est pas visible, qu’il n’est pas présenté, qu’il n’est pas « public ».

Ici on est très proches de la Pédagogie Freinet qui apprend à l’enfant que son travail est terminé quand il en fait la présentation à sa « communauté éducative ».

Dernière condition: répondre de ce que nous faisons

Où est la limite entre le bénéficiaire et le bénévole, entre le militant et le destinataire? Comment devient on auteur de son activité sociale?

Souvent, dans l’association, nous proposons à tel jeune que nous avons vu grandir de devenir stagiaire, ou bien service civique, ou même salarié en alternance et en apprentissage.

Il s’agit alors d’une métamorphose au sens propre, comme au figuré ; car tel qui occupait une place, renaît littéralement dans une autre.

Sortir de soi même, sortir de son propre point de vue, se décentrer devient à la fois une expérience et une nécessité.

Et ce qui va changer principalement est ceci: dorénavant, il ne suffira plus de répondre de soi même comme les circonstances ont trop souvent et trop tôt familiarisé cette compétence.

Se justifier ne sert plus à rien dès lors qu’il ne s’agit plus d’un « moi » mais d’un « nous » dont il faut répondre.

Les faux fuyants habituels n’y suffiront plus; il faudra chercher du sens , à s’appuyer sur le sens dece que NOUS faisons ensemble et de ce que personne ne fait jamais seul.