La rentrée: un rituel sans croyances

La rentrée est un rituel sans croyance ; c’est dire s’il fonctionne et si rien , malgré le cours catastrophique de l’actualité et de la société ne peut venir en modifier l’habitude ou la pesanteur.

La rentrée dans les institutions, et notamment l’Ecole, rassure sans doute en assurant un vernis d’autorité à des structures en déclin ou en déroute. Il y a de moins en moins d’école pour l’enfant; et les institutions en général n’impactent plus beaucoup la vie des gens autrement qu’en transformant et en légitimant ce qui était déjà sociologiquement et logiquement acté pour eux.

En quelque sorte , même si nous n’y croyons plus à la rentrée, comme nous ne croyons plus que les choses vont s’améliorer ou que la société pourrait devenir de plus en plus vivable et habitable pour tous; nous nous contenterons , une fois de plus, de faire comme si…

Mais rien n’y fait; magie des traditions! la triste réalité peut être ensevelie, année après année, et dans tous les médias, par un océan d’images d’Epinal.

Mais qu’est ce qui nous enchante tellement pour créer autant d’oubli?

Autant de désirs d’y croire ne reposent que sur trois levier principaux qui nous font le plus grand effet

1- La rentrée nous promet la suspension des déterminations.

La principale force d’attraction de la rentrée sur nos imaginaires est qu’elle semble nous promettre de nouveaux commencements. La rentrée c’est un peu comme une aube nouvelle, une seconde virginité; ça nous promet de nouveaux départs et des « compteurs à zéro ».

Ainsi , magiquement , et d’un seul coup, nous n’aurions plus à faire face à ce qui était déterminé, aux rapports de force ou de domination, ou même aux simples conséquences de nos échecs et de nos débuts.

Magiquement, les mêmes causes n’auraient plus les mêmes effets et ce qui nous avait freiné hier, serait levé aujourd’hui.

2- La rentrée veut nous faire croire en la possibilité de changements qui viennent du haut.

Et tout ce renouveau nous serait apporté en quelque sorte, par les institutions mêmes de notre société. Il y aurait un changement personnel, ou individuel possible, ou même de notre condition sociale, sans lutte et sans conflit.

Ce seraient un peu comme des dividendes qui tomberaient sur notre compte une fois par an. Nous allons recevoir du changement et celui ci est programmé et socialement institué, sans travail et sans contradiction.

3- La rentrée voudrait nous faire croire que nous avons de l’intérêt et de l’importance

Et c’est là sans doute, le levier le plus profond et le plus puissant; à la rentrée, nous pouvons « nous faire beaux », c’est à dire croire que nous serons regardés, que nous pouvons capter un peu d’attention, et un peu d’intérêt dans une société où on est de plus en plus seuls.


Une rentrée, ça nous promet des liens, dans une société qui se délite. Ca nous promet d’être remarqué au milieu de toute cette anomie.

Ca nous promet d’être repérés, dans la masse, et pourquoi pas des rencontres?

En pédagogie sociale, nous ne croyons pas aux rentrées, mais aux effets qui durent. Nous faisons le constat de toute cette énergie et de toutes ces ressources gaspillées chaque année par le fait qu’on abat comme des châteaux de sable, ce qui avait été entrepris l’année précédente.

Tels des écoliers qui ont brûlé tous leurs cahiers, oublié toutes leurs leçons, re-perdu tout leur temps, nous avons renoncé à ce que la vie soit une oeuvre, à toute idée de progrès social , à quelque tâche qui nous transcende.

Les rituels de rentrée masquent de moins en moins l’immense gâchis de tous les ratages qui ont précédé.

Quant à nous, nous préférons investir , tout à l’inverse de ces trois leviers, dans un travail patient contre toutes les déterminations, sociales, économiques, politiques et administratives qui affectent nos chances de vivre ensemble…

Repartir à zéro, n’est-ce pas souvent finir à zéro , également?